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Conférence

Conférence Robustesse

23 septembre 2026

Conférence sur la Robustesse par le Dr Philippe Ventrou · 48 min

À retenir

Idées clés

  • L'objectif de la rencontre : donner envie de créer, de rejoindre et de faire vivre un groupe citoyen de robustesse, c'est-à-dire des personnes qui s'associent pour vivre la robustesse ensemble.
  • D'où vient le concept : il a été élaboré par Olivier Hamant, chercheur en biologie végétale à l'INRAE de Lyon et directeur de l'Institut Michel Serres. Son fondement : « le XXIe siècle sera fondé sur l'infini des interactions », entre humains et avec les non-humains.
  • Trois systèmes emboîtés : le système physico-chimique de la Terre (air, sol, eau) ; en son sein, le système du vivant, robuste depuis 3,5 milliards d'années ; et dans le vivant, le système humain, performant, qui vit en parasite du vivant en puisant dans ses réserves.
  • Le système performant, qui est le nôtre, est réductionniste et pensé en silos, vertical, fondé sur le pouvoir et donc la violence. Il est efficace, rapide, rigide, répétitif, gaspilleur de ressources, et il ne fait pas confiance à l'être humain. Il mène au réchauffement climatique, à une sixième extinction de masse et au transhumanisme.
  • Le système robuste, celui du vivant, est complexe et très interactif, jusqu'à la symbiose. Il est horizontal : la puissance du groupe y remplace le pouvoir de quelques-uns, dans la non-violence. Il est redondant, hétérogène, parfois incohérent, lent, hésitant, jamais achevé, et toujours créatif. Il fait confiance à la vie. Il contient aussi des îlots de performance, comme la fuite devant un danger ou la fièvre : intenses, utiles pour survivre à court terme, mais impossibles à tenir longtemps.
  • Robustesse ou résilience : les deux visent l'adaptation aux fluctuations (environnementales, politiques, économiques, sociales), qui deviennent de plus en plus fortes. La résilience cherche à revenir à l'état antérieur (exemple : les mégabassines pour continuer à irriguer le maïs malgré la sécheresse). La robustesse accepte de changer de comportement. La résilience est l'outil de la performance.
  • Santé commune et « One Health » : la santé commune exige qu'une action soit bonne, ou au moins neutre, pour chaque être humain, pour le groupe humain et pour les non-humains. « One Health » ne protège les animaux que pour protéger les humains.
  • Le contrat naturel (Michel Serres) : reconnaître que la nature et les non-humains ont des droits. L'être humain en est le garant.
  • Robustesse et décroissance : on la nomme aussi « simplicité volontaire » ou « sobriété heureuse » (Pierre Rabhi). Elle n'est ni technophobe ni un retour en arrière. Il s'agit de réduire le divertissement et la consommation pour augmenter les interactions, entre nous et avec le vivant, dans une joie profonde, différente du plaisir.
  • Pourquoi l'humain choisit la performance : la conscience de soi et du temps provoque une angoisse existentielle. Pour l'apaiser, la voie rapide est le divertissement (au sens de Pascal) et le circuit désir-plaisir, qui mène à l'addiction. La voie robuste est plus lente : intériorité (recueillement, paix de l'âme) et altérité (écoute, empathie, relation à l'autre). Il ne s'agit pas de juger : nous sommes tous pris dans cette pulsion.
  • Passer de l'humanisme au « zoétisme » : remettre la vie, et plus seulement l'être humain, au centre.

Procédure : le test de robustesse

Il sert à vérifier qu'une action, décidée par un groupe ou une collectivité, est robuste. On se pose quatre questions :

  1. Le contrat naturel : l'action respecte-t-elle les droits de la nature et des non-humains ?
  2. La santé commune : son effet est-il positif, ou au moins neutre, sur chaque personne, sur le groupe humain et sur l'environnement ?
  3. La manière de décider : a-t-elle été décidée avec les qualités de la robustesse, c'est-à-dire avec lenteur, de façon horizontale, en acceptant l'erreur et l'inachèvement ?
  4. La variation des paramètres : si on déplace un paramètre (par exemple l'essence qui passe de 1,50 € à 4 € le litre), l'action reste-t-elle valable ? D'où l'intérêt de garder des actions « pas tout à fait finies », avec des portes de sortie.

Comment fonctionne un groupe de robustesse

  • Des principes partagés : le contrat naturel, la santé commune, la sobriété heureuse, et les qualités de la robustesse comme manière d'agir (lenteur, hétérogénéité, droit à l'erreur).
  • Un groupe à taille humaine : chacun doit pouvoir être en interaction avec tous les autres, c'est-à-dire avoir fait, discuté ou ressenti quelque chose avec chacun.
  • Horizontal et autogouverné : pas de chef. Chaque personne est une maille du réseau, qui reçoit et produit l'énergie du groupe.
  • Le désaccord est bienvenu : quand on a le temps, on peut favoriser le dissensus, source de créativité. On n'agit en mode performant que si l'urgence l'impose.
  • Des équipes au besoin : une équipe de médiation quand un désaccord devient trop fort, une équipe qui fait passer le test de robustesse aux projets d'action (par exemple sur la mobilité).
  • Volontairement hétérogène : des âges, des sexes et des cultures différents. Un groupe par quartier n'est pas une bonne idée, parce qu'un quartier rassemble souvent des personnes de même milieu.
  • Ce qu'il peut être : un groupe d'entraide, de réflexion ou de créativité, dans la joie, l'empathie et la poésie.

Prochaines actions

  • Créer un groupe citoyen de robustesse, ou y participer, avec les personnes que cette conférence intéresse.
  • S'entendre dès le départ sur les principes communs, la taille du groupe et son fonctionnement horizontal.
  • Choisir un premier sujet de travail, par exemple la mobilité, et le passer au test de robustesse.

Pour aller plus loin

  • Olivier Hamant, ses ouvrages sur la robustesse, dont un consacré à la robustesse en entreprise.
  • Michel Serres, Le Contrat naturel.
  • Blaise Pascal, Pensées, le texte sur le divertissement.
Lire la transcription

Alors, l'objectif de cette rencontre, le numéro un, c'est de vous donner envie, à la fin de cette réunion, d'avoir envie de créer, participer, vous investir dans un groupe de robustesse. Alors, un groupe de robustesse, un groupe citoyen de robustesse, une assemblée des robustes, une assemblée robuste, tout ce que vous voulez, mais en tout cas quelque chose qui est un groupe d'êtres humains, qui s'associe pour vivre la robustesse et la vivre ensemble. Voilà. Alors, le concept de robustesse a été... Alors, pourquoi un concept de robustesse ? On verra tout à l'heure, je vous dirai tout à l'heure, la balance qu'il y a entre la notion de robustesse et la notion de résilience que vous connaissez beaucoup mieux, car il y a une vraie différence. Le concepteur de la robustesse, c'est Olivier Hamand, qui est chercheur en biologie végétale dans un laboratoire de recherche de l'INRA à Lyon, qui est aussi directeur de l'Institut Michel Serre, dont je vous parlerai rapidement tout à l'heure.

Et c'est lui qui a quasiment mis en place, élaboré ce concept de robustesse.

Olivier Hamand, qui a écrit plusieurs bouquins et dans un de ses livres, à propos de Comment Habiter la Terre, il dit une phrase que je vous lis dès maintenant. Tous sont indiqués que le 21e siècle sera fondé sur l'infini des interactions. L'infini des interactions, c'est ce qui est des caractéristiques de la robustesse. C'est-à-dire qu'en fait, entre êtres humains, entre humains et non-humains, l'idée, c'est de mettre en place, de vivre, d'expérimenter, de s'enrichir d'interactions multiples, complexes, variées. C'est ça, c'est vraiment le fondamental de la robustesse. Alors, pour vous motiver à créer ce groupe, à participer à ce groupe, il faut que je vous explique un peu ce que c'est que la robustesse. Mon exposé sera court parce que je voudrais laisser pas mal de place aux questions, aux interventions. Enfin bref, on va essayer de créer déjà un petit peu de robustesse entre nous rapidement.

La première chose, c'est si on regarde la Terre, notre planète, on s'aperçoit qu'elle habite trois systèmes. Je vous expliquerai ce que c'est qu'un système après. Un système très global qui est le système physico-chimique de la Terre, un géo-physico-chimique, c'est les airs, le sol, l'eau. Ça, c'est un système qui obéit à des lois physiques et chimiques. Au sein de ce grand système physico-chimique, il y a un autre système qui est le système des êtres vivants. Et ce système des êtres vivants, il est robuste. Et ensuite, au sein de ce système des êtres vivants, qui existe depuis 3 milliards et demi d'années, puisque la vie est apparue sur Terre il y a 3 milliards et demi d'années, au sein de ce système robuste, existe un système humain, le microcosme humain, les capsules humaines, qui est un système performant. Ce système performant vit quasiment en situation de parasite sur le système des êtres vivants qui lui est robuste.

Alors première chose, au niveau de la vie en elle-même, qu'est-ce qui fait que le système est robuste ? Il est robuste car, en tout cas, le mécanisme fondamental de la robustesse au niveau du système des espèces vivantes, c'est la reproduction. En fait, c'est grâce à la reproduction et aux erreurs liées à la reproduction des espèces que se créent de nouvelles espèces. Et donc, le fondamental, c'est la transmission du code génétique, du génome, la génétique. Et puis aussi un peu d'épigénétique. Mais globalement, la robustesse, elle se niche ici. Donc, je vous ai déjà donné quelques trucs. C'est un système qui fait des erreurs, qui copie, mais qui copie pas toujours la même chose. Il fait des erreurs, qui se plantent des fois, ou qui, des fois, découvre quelque chose de très intéressant. Alors, qu'est-ce que c'est qu'un système ? Un système, c'est un ensemble d'éléments. Et ce qui caractérise le système, c'est que ces éléments sont en interaction entre eux.

Donc, si par exemple, ici, on forme un système, tout à l'heure, on sera beaucoup plus en interaction. C'est-à-dire qu'il y a que chacun d'entre nous exerce une action, une influence sur l'autre, et que l'autre va y répondre soit vers la même personne, soit vers une autre personne, va renvoyer une réponse négative, une réponse positive, une réponse graduelle. Enfin bref, il y a une richesse des interactions. C'est comme ça qu'on parle de système. Pour le système physico-chimique de la Terre, c'est un système qui, là aussi, se traduit par des interactions, mais qui sont des interactions physiques et chimiques avec des boucles. Vous avez peut-être entendu parler des boucles de rétroaction qui font que, des fois, le système va s'emballer. En tout cas, c'est ce que les collapsologues disent, qu'à un moment donné, on a un système qui peut s'emballer et qui peut, à un moment donné, collapser. Voilà pour les systèmes.

Maintenant qu'on a vu ça brièvement, je vais vous décrire rapidement ce que c'est qu'un système performant. Dites-vous bien, le système performant, c'est le système dans lequel nous, les êtres humains, nous vivons. Ce système, il est réductionniste. C'est-à-dire qu'on a fait comme Descartes, on a coupé la machine en petits morceaux, et on a dit, ben voilà, on simplifie le fonctionnement ou l'idée du fonctionnement d'une machine, et puis on en fait une généralité. Donc on réduit, en quelque sorte, le visage de la réalité. Donc notre système est réductionniste. Et comme il est réductionniste, les choses sont mises les unes à côté des autres. On appelle souvent ça la pensée en silos, vous savez. On a un silo économie, un silo politique, un silo environnement, un silo je ne sais pas quoi, énergie. Mais en fait, il n'y a pas d'interaction. C'est comme si l'homme ne souhaitait pas, dans sa logique performante, qu'il y ait des interactions, qu'il y ait des connexions entre ces différents silos.

Donc on a une pensée en silos. On pense économie, mais on ne pense pas que l'économie peut avoir une interaction sur le reste. C'est un système qui est vertical. Le système vertical, c'est quoi ? Il y a des chefs en haut, et puis il y a le reste de la population. Un système vertical est par essence un système de pouvoir. Et le système de pouvoir, c'est un système de violence, forcément. Parce que ceux qui ont le pouvoir veulent le garder. Et la violence est le meilleur moyen, on le verra un peu plus tard quand on fera un tout petit peu de zoologie, que c'est le meilleur moyen pour garder le pouvoir. À côté de ça, et bien voilà, c'est ça qui est formidable. Notre système performant, de notre activité humaine, de tout ce que nous faisons sur la Terre, il est efficace, il est efficient. C'est-à-dire que le rapport entre le coût et l'efficacité est très bas. Pour un petit coup, c'est très efficace.

Il est rapide, il est rigide. La pensée en silos, la pensée unique. C'est-à-dire qu'on a un modèle et on l'applique. Voilà, on le photocopie et on l'applique. Il est répétitif. C'est-à-dire qu'on fait toujours la même chose dans cette rigidité. On n'a pas d'autre moyen de penser autrement que efficacité, efficience, rapidité, voilà. On ne pense pas éventuellement aux conséquences d'une décision rapide. On ne réfléchit pas assez. L'important, c'est que ça serve aux intérêts de l'espèce humaine. Il est terriblement cohérent. Il est terriblement logique. Il est très gaspillant en énergie et en ressources. Voilà pourquoi je vous disais tout à l'heure que le système performant des humains est un système parasite sur le système robuste des êtres vivants. C'est-à-dire que le système performant, il pompe toutes les réserves du système vivant. Et enfin, dernier point intéressant qui revient sur la violence, la notion de pouvoir, c'est que ce système-là n'a pas confiance en l'être humain.

Voilà, n'a pas confiance. On le voit facilement, l'hyperadministration, les règles, les lois, tout ça est mis en place pour dire qu'on ne fait pas confiance dans la créativité de chaque être humain. Alors ce système performant, vers où il tend ? On commence déjà à le savoir. On sait qu'il y a le réchauffement climatique. On sait qu'il y a, vraisemblablement, le démarrage d'une sixième extinction de masse des espèces vivantes. On en a eu cinq au départ. Beaucoup de biologistes estiment que c'est parti. C'est un système qui va nous amener vers peut-être ce qu'on appelle l'humanité modifiée ou améliorer le transhumanisme, qui sera forcément violent, parce que tout le monde n'y aura pas accès. C'est un système qui aboutit sur la création d'une nouvelle espèce. C'est l'intelligence artificielle, et surtout la super intelligence artificielle qui va arriver dans les années qui viennent. C'est un système qui forcément, une fois qu'il aura pompé toutes les réserves de la Terre, va se tourner vers d'autres planètes.

Et puis une planète avec une sixième extinction de masse est une planète où il y aura quelques espèces vivantes, d'animales, contrôlées par l'être humain. Il n'y aura plus de moustiques, il n'y aura plus de mouches qui viennent vous embêter. Tout sera utile pour l'être humain. Et puis tout sera très simplifié. Les écosystèmes et tout ça, on s'en fiche. Ça, c'est une pensée qui est froide, simple, logique. Et elle a l'intérêt, le mérite, je dirais, d'être terriblement efficace. À côté de ça, il y a le système robuste, c'est-à-dire le système d'êtres vivants en général, à part l'espèce humaine. L'espèce humaine jusqu'à il n'y a pas longtemps. Les êtres humains sont entrés en performance quasiment il y a 7000 ans, quand ils ont abandonné le rythme de nomades chasseurs, cueilleurs, pêcheurs pour s'installer. À partir de là, la performance démarre. Avant, l'espèce humaine vivait en état de robustesse.

Donc c'est un système qui est complexe car il est très interactif. C'est-à-dire qu'on a pris conscience que chaque élément du système vivant, donc toutes les espèces, sont toutes en interaction les unes avec les autres. On appelle ça des écosystèmes. Il y a des écosystèmes qui ont des interactions avec d'autres écosystèmes. Et puis, ce système peut pousser l'interaction jusqu'à la symbiose. La symbiose, c'est quand deux espèces s'unissent pour en former apparemment qu'une seule. Et si on sépare les deux espèces, elles meurent toutes les deux. Nous-mêmes, les êtres humains, quasiment beaucoup d'êtres vivants à partir des insectes, nous possédons dans notre tube digestif des bactéries. On l'appelle le microbiote. Ce microbiote, c'est un état symbiotique. Sans notre tube digestif, les bactéries, les virus et les champignons microscopiques de ce tube digestif meurent. Et sans ce microbiote, nous mourrons.

C'est un système qui est horizontal. C'est-à-dire que c'est un système où il n'y a pas de hiérarchie dominante. C'est un système qui montre à ce moment-là, non pas d'un pouvoir, mais une puissance. C'est-à-dire que le pouvoir de certains se transforme en puissance du groupe. Vous voyez, c'est ça qui est intéressant. C'est-à-dire que c'est les interactions totales dans le groupe qui vont générer des actions, qui vont permettre de dire voilà, la puissance du groupe, elle est là. La puissance créatrice du groupe, elle se situe à ce moment-là. Et cette puissance du groupe, elle est absolument l'inverse de la violence. Et on est donc dans la non-violence. Et d'ailleurs, on peut même dire que dans le système performant, enfin, dans ce système robuste, la confiance est accordée à la vie. C'est-à-dire que les êtres vivants, il y a une confiance dans la vie, dans la richesse et dans la créativité de la vie, en fait.

C'est un système qui est redondant. Redonder, ça veut dire qu'on fait plusieurs copies à peu près du même modèle. Ça, c'est des systèmes de sécurité. On retrouve ça un peu dans le système robuste, c'est un système redondant. Mais ici, la redondance, elle fait aussi partie des caractéristiques du système. Ce système, il est hyper variable, il est hyper hétérogène. Il est même parfois incohérent. Pourquoi ? Parce que tout est bon à essayer. C'est la vie créatrice. La vie, elle crée, elle crée. Elle ne se pose pas de question. Il y a un accident génétique qui se passe. Il y a une femelle qui accouche d'un bébé, d'un petit, qui apparemment n'est plus de la même espèce. On a passé tout à l'heure le test de la robustesse. Dans ce cas-là, le test de la robustesse, ça va être je vis ou je meurs. Mais en tout cas, on est dans quelque chose de j'invente toujours, toujours, toujours. On n'est pas dans quelque chose de rigide.

On n'est pas dans la pensée unique. Il y a une créativité, une invention permanente, systématique. Ça, permise par ces erreurs, cette physiologie de la reproduction qui fait qu'il y a des erreurs de copies du matériel génétique. Il est lent. Oui, ça prend du temps. Ça prend même des fois des centaines de milliers d'années, voire des millions d'années. Alors, bien sûr, pour nous, les êtres humains, il est évident, un système robuste ne mettra pas 100 millions d'années pour prendre des actions. Mais en tout cas, il est caractérisé par la lenteur. Il est hésitant. Il est imparfait. Il n'est jamais abouti parce qu'il y a toujours une porte de sortie à partir d'une espèce d'autres espèces secrètes. Il est en permanence, en remodelage permanent. Vous voyez, c'est une pensée sans cesse créative. Et cette création peut aller dans plein d'endroits. Et éventuellement, pourquoi pas des endroits un peu incohérents.

C'est-à-dire que jusqu'à présent, on va plutôt dans cette direction-là, puis hop, il y a une espèce qui part dans l'autre côté et qui invente autre chose. Ah, mais ça marche. Vous voyez, c'est vraiment... Donc les modèles se créent comme ça. À partir d'un modèle, d'autres modèles se créent qui, forcément, peuvent très bien ne plus avoir très peu de relations avec les anciens modèles. Il est gaspillant. Je crois que je ne l'ai pas dit tout à l'heure. Le système performant, il est gaspillant dans un circuit qui est fermé. C'est-à-dire que notre système à nous pompe les réserves. Le système robuste, il est très gaspillant d'énergie. Il consomme beaucoup d'eau, beaucoup d'énergie solaire. Mais tout ça, c'est à milieu ouvert. C'est à milieu renouvelé. Alors, ce système robuste, il présente aussi des îlots de performance. Alors, je vais aller un peu plus loin pour vous expliquer. Je vous ai dit, la robustesse, un des moteurs principaux, c'est la reproduction, on va dire.

Mais on voit bien, et ça, c'est ce qu'Olivia démontre bien dans ses bouquins, c'est que même dans la physiologie des organes, dans le fonctionnement des organes, il y a des éléments robustes. C'est comme si la robustesse de départ de la génétique se transmet aussi dans les cellules. Par exemple, la chlorophylle. Bon, la chlorophylle, elle pompe, elle fabrique de l'énergie à partir de l'énergie solaire à la transformation d'énergie chimique. Mais finalement, le rendement de cette opération, il est vraiment faible. C'est quelques pourcents. Il n'est pas à 80% le rendement. Alors que dans un système performant, on dirait, il nous faut une efficacité de 95%. Là, il est de 4%. Mais quand on regarde bien les choses, on s'aperçoit que comme il est peu efficace globalement, il est efficace sur un spectre de radiation assez important. Il n'est pas hyper efficace sur une longueur d'onde spécifique.

Il est plus dans deux longueurs d'onde, mais pour le reste, il reste quand même assez sensible. C'est-à-dire que s'il y a une modification des paramètres lumineux, la vie peut quand même continuer à opérer. Maintenant, dans la robustesse, il y a aussi des îlots de performance. Je vous donne un exemple. Par exemple, la fuite. Je me promène dans la nature et soudain, hop, je tombe sur un lion. Qu'est-ce que je fais ? Je fuis. Mais pour fuir, le corps humain va sécréter à une vitesse grand V de l'adrénaline, du cortisol, tout ce qu'il faut pour courir comme un marathonien, peut-être même comme un Usain Bolt. Et on va le faire pendant quelques temps. Puis à un moment donné, on va s'arrêter parce qu'on n'en pourra plus. Ces îlots de performance sont violents. C'est pour ça que ça ne peut pas durer longtemps. Mais par contre, ils permettent d'assurer la survie à court terme. Donc on ne peut pas séparer, à ce stade-là, et on va continuer à ne pas le séparer, robustesse et performance.

L'idée, c'est que dans un monde robuste, il est effectivement tout à fait possible d'être de temps en temps performant lorsque la question de la survie à court terme est posée. J'ai une infection, j'ai une température qui monte, 39, 40, 41. Ça veut dire que là, l'organisme dépense une énergie folle, mais il ne va pas pouvoir la dépenser pendant 150 ans. Au bout de trois, quatre jours, l'organisme est épuisé. Donc c'est violent. Mais par contre, ça peut sauver. Alors, le test de robustesse, je vais en parler maintenant. Le test de robustesse, c'est un test qui permet de savoir si un produit ou une action, un produit de la nature ou une action décidée par des êtres humains, sont bien robustes. Pour cela, je vais remonter un tout petit peu dans la partie au début, quand je vous disais que les interactions sont variées et multiples jusqu'à la symbiose. Cette idée de symbiose, cette idée de relations étroites entre les humains et les non-humains a été un peu travaillée par Michel Serre, qui est un philosophe du 20ème, qui est décédé depuis et qui a écrit un bouquin qui s'appelle Le Contrat Naturel.

Le Contrat Naturel, Michel Serre se pose la question et dit mais finalement, les êtres humains ont des droits et des devoirs. Apparemment, la nature n'a que des devoirs, n'a pas de droits. Mais pourquoi la nature n'aurait peut-être pas de droits ? Et si on se mettait à penser que peut-être la nature pourrait avoir des droits ? Alors maintenant, ça paraît évident parce que maintenant, il y a des chartes qui sont signées ou il y a tel territoire qui a des droits. Mais à l'époque, ça avait fait un tollette. On avait dit, mais qui peut signer le contrat ? Voilà, parce que quand une population a des droits et des devoirs, on les précise dans un contrat. C'est ce qu'on appelle le Contrat Naturel. Donc, ça veut dire, je reconnais que la nature, les espèces non humaines ont des droits, ont aussi des devoirs. Elles ont des devoirs entre elles, elles ont peut-être des devoirs par rapport à nous. Il faut qu'on arrive à travailler ensemble, mais elles ont des droits.

Et donc, on le met sous forme d'un contrat. Qui va signer le contrat ? Ah ah ah ah, tout le monde avait bien rigolé à l'époque. C'est l'être humain. L'être humain dont le rôle peut-être justement de garantir les droits. Cette notion de contrat naturel amène ensuite à une notion très opératoire, qui est la notion de santé commune. La notion de santé commune, c'est quand moi, en tant qu'être humain ou en tant que dans un groupe, nous décidons d'une action, dans une société, nous décidons d'une action, nous devons vérifier, parce que c'est la robustesse, que cette action a un effet positif sur l'être humain, chaque être humain, sur le groupe des êtres humains et sur les non-humains. C'est la santé commune. Voilà. Donc, vous voyez bien que dans un système performant, l'humain, le groupe humain et l'environnement, vraiment négatif. Mais c'est ça l'idée. Du contrat naturel débouche que chaque action doit avoir une incitance au minimum neutre sur la santé de ces trois groupes.

Donc, passer un test de robustesse, c'est vérifier que, est-ce que l'action répond bien à la logique du contrat naturel ? Est-ce qu'on a bien fait cette action dans l'esprit que la nature a des droits, les non-humains ont des droits ? Ensuite, deuxièmement, de manière opératoire, est-ce que cette action a une action positive ou neutre sur l'humain, le groupe humain et l'environnement ? Ensuite, une autre caractéristique du test de robustesse, c'est que l'action a un effet positif, l'action a été décidée dans un cadre d'interaction caractérisé par les caractéristiques de la robustesse. Lenteur, horizontalité de la décision, incohérence, erreur, inachèvement, tous ces trucs-là. C'est important que ça soit fait dans cet état d'esprit. Et enfin, le quatrième élément, c'est dans une action qui est caractérisée par des paramètres, mettons le coût de l'énergie, le coût du carburant. Si on déplace le curseur du paramètre, est-ce que l'action est toujours valide lorsqu'on a déplacé le curseur ?

C'est-à-dire que si je mets une action avec un litre d'essence à 1,50€ et si je le mets à 4€, est-ce que l'action que j'ai mise en place va continuer à être robuste ? D'où l'intérêt que dans chaque action, il faut avoir cette notion de « ce n'est pas tout à fait fini ». Il y a toujours des ports de sortie. Il y a toujours une manière de trouver une solution annexe qui va peut-être déboucher sur une autre action, mais qui permet justement de répondre à ça. On sort donc de la rigidité. Ça va pour l'instant. Maintenant, je voudrais faire la comparaison entre robustesse et résilience. Après, je ferai la comparaison entre santé commune et One Health, dont on entend beaucoup parler. Je vais commencer déjà par santé commune et One Health, comme ça, je n'oublierai pas. Vous savez ce que c'est que la santé commune et One Health, le mot américain, qui dit une seule santé. Le problème, c'est que le concept de One Health, c'est quoi ?

Ça a démarré dans les fermes américaines où il s'agissait de s'assurer que les maladies infectieuses transmises par les animaux, les zoonoses, ne soient pas transmises aux êtres humains, où on arrive à compartimenter pour pas que les humains soient contaminés par les animaux. À partir de ça, on dit que si les animaux sont en bonne santé, nous aussi, on sera en bonne santé. Mais ça, ce n'est pas du tout du contraire naturel. C'est juste qu'ils seront en bonne santé pour que nous, on soit en bonne santé. S'ils devaient être malades pour qu'on soit en bonne santé, on les rendrait malades. Voilà la One Health. C'est quelque chose de rigide, de restrictif. C'est une pensée qui est en dehors d'un cadre philosophique. Il faut bien retenir que c'est de la philosophie aussi. C'est une manière de regarder le monde et aussi de penser la place qu'a l'être humain dans le monde de la vie. Alors maintenant, robustesse et résilience.

Les deux concepts disent une chose. Ces deux concepts ont pour mission, pour objectif, d'adapter l'être humain ou un groupe aux fluctuations de l'environnement, aux fluctuations extérieures. Tous les deux. Les robustes comme les performants, eux, ce qu'ils veulent, c'est qu'ils veulent un système qui nous permette de nous adapter aux changements qui sont tout le temps présents. Sauf que comme dit Olivier Amand, aujourd'hui, enfin plus maintenant, mais il y a 20 ans, on était dans les petites fluctuations. Maintenant, on va être dans des grandes fluctuations. Les fluctuations, c'est environnemental, politique, économique, sociale. Et la différence entre les deux, c'est que la robustesse, elle dit, je m'adapte aux fluctuations, mais en changeant de forme ou en changeant de comportement. En changeant de comportement. C'est-à-dire qu'il est illusoire pour le robuste de penser que je vais m'adapter à une fluctuation tout en gardant toujours le même fonctionnement.

Par exemple, nous sommes dans le Gers ou dans cette région-là. Il ne pleut plus du tout depuis des mois et des mois. Là, ils font le maïs, ça font la caisse. Ils font le maïs pour engresser les animaux ou pour l'export. Il ne pleut plus à une période où le maïs a besoin de beaucoup d'eau. Alors qu'est-ce qu'on fait ? On crée des mégabassines. Retour à l'état antérieur. Vous voyez, pour la robustesse, il n'y a pas de retour à l'état antérieur. Alors que pour la résilience, il y a une adaptation avec un retour à l'état antérieur. On essaie de récupérer notre modèle de départ. Et encore, c'est même un état antérieur qui n'est pas stable. Parce qu'on verra tout à l'heure qu'il y a un esclavage au niveau de cette histoire de comment on doit faire pour améliorer notre condition de vie. On doit tout le temps augmenter. On est tout le temps en train de rechercher un palier supplémentaire. On est rapidement ce dit, ça, ce n'est pas assez.

Alors, il faut qu'on cherche un autre niveau de sécurité. Et donc, il y a une sorte de progression comme ça. Mais en tout cas, il y a toujours cette logique de dire je m'adapte pour revenir à mon niveau de satisfaction. Pour le robuste, il y a un changement de forme. Alors pour nous, les êtres humains, il n'y a pas de changement de forme. On ne peut pas considérer que le transhumanisme soit la création de nouvelles espèces. Mais en tout cas, il y a forcément un changement de comportement. On peut dire que l'apport à la performance, c'est la résilience. Donc, quand on nous rebat les oreilles avec les territoires résilients, les villes résilientes et tout ça, c'est juste des endroits, des politiques qui sont menées pour conserver toujours les acquis, les privilèges, sans se dire que peut-être là, il y a peut-être un changement de paradigme de concept à élaborer.

Une autre notion maintenant, c'est robustesse et décroissance. Le vilain mot de la décroissance. Alors on peut peut-être le remplacer par d'autres mots, plus positifs. Même si après, on va voir ce que c'est que la décroissance et comment ça va avec l'histoire des interactions infinies. La décroissance, on l'appelle aussi simplicité volontaire. Ça, c'est les Canadiens. Et puis Pierre Rabhi qui dit sobriété heureuse. Dans ces deux acceptations du concept de sobriété heureuse et de simplicité volontaire, on voit quelque chose de plus positif, de plus joyeux, même à la limite, de plus tranquille. La robustesse va de pair avec cette notion de simplicité et de sobriété. L'important, c'est qu'elle soit volontaire et heureuse. Donc on introduit dans ce système de robustesse la question de la joie, mais pas de la joie, pas le plaisir, comme on verra tout à l'heure. Non, la joie est une joie profonde, d'être vivant et d'être inséré dans un système complexe et symbiotique.

Alors maintenant, pour terminer cette histoire avec robustesse et décroissance, la robustesse n'est pas du tout technophobe. Il ne s'agit pas, la décroissance n'est pas un retour à l'état primitif. La décroissance, en fait, c'est quoi ? C'est un mouvement. La simplicité volontaire et la sobriété heureuse, c'est un état d'âme, un état d'être. La décroissance dit quoi ? On va décroître nos activités de divertissement, comme disait Blaise Pascal, les loisirs, la consommation, la consommation. On va décroître ça pour augmenter quoi ? Les interactions entre nous. Et les interactions entre nous, c'est tellement riche. C'est passé d'une vie où chacun turbine dans son petit coin, dans sa petite capsule, là, à quelque chose de beaucoup plus ouvert, où il y a bien sûr moins de consommation, moins de dépenses énergétiques, beaucoup plus de relations. Et de relations pas simplement avec entre nous, mais aussi avec le monde vivant.

Être en interaction d'un oiseau qui s'envole et le regarder, c'est une interaction. Et ça amène quoi ? La notion de joie, de beauté, d'accomplissement intérieur, d'espace intérieur, de plein de choses. Vous voyez qu'on continue d'être dans un champ un peu philosophique, voire peut-être un peu spirituel. Alors maintenant, voilà. Le problème, c'est quoi ? Je vous dis, oh là là, la performance, c'est horrible. Vous voyez où ça nous mène. La robustesse, c'est génial. Et pourtant, 99,9% de la population, peut-être pas de 1,9. Parce que si on compte les pays pauvres qui sont plutôt dans la robustesse, dans la démerde, globalement, c'est le système que choisit l'être humain. C'est vrai. Pourquoi on changerait ? Alors, on va changer parce que ça a détruit la planète. Mais en fait, le système est tellement créé dans nos comportements qu'on se dit, mais comment ça se fait que ça soit comme ça ? Et là, je vais essayer de vous livrer une petite hypothèse sur pourquoi l'être humain a choisi la performance plutôt que la robustesse.

Tout en sachant, ou je vous ai déjà dit, que dans la robustesse, il y a déjà quand même des éléments de performance. Remontons un peu le temps. 100 millions d'années, les mammifères apparaissent sur la Terre. Ils sont là, mais ils sont tout petits. Ils vivent la nuit dans les forêts cachées. Pourquoi ? Parce qu'autour d'eux, il n'y a que des dinosaures. Et puis il y a 66 millions d'années. Arrive la cinquième extinction de masse des espèces vivantes. 95 % des espèces qui disparaissent en un temps assez court. Un énorme astéroïde qui plonge sur la Terre, qui fracasse l'Amérique centrale. Et 95 % des espèces qui disparaissent, notamment tous les dinosaures. Et à partir de là, les mammifères apparaissent, prennent leur essor. Quasiment les mammifères dont nous sommes feux, c'est un ordre dont nous sommes issus, nous sommes avant tout des mammifères, qui prennent son envol et quasiment conquièrent toutes les niches écologiques qu'avaient précédemment les dinosaures.

Les dinosaures seuls sont restés les ancêtres des oiseaux, puisque les oiseaux sont considérés comme des dinosaures. Alors les mammifères, qu'est-ce qu'ils ont de particulier ? Ils ont déjà un cerveau un peu plus gros que les autres. Ils ont ce qu'on appelle un taux de densévalisation qui est plus élevé. Ils ont surtout, ce qui est important à ce moment-là, c'est qu'ils vivent en groupe, tous. Il n'y a pas de mammifères qui ne vivent pas en groupe. Il y a parfois des mammifères isolés à la fin qui sont éjectés du groupe parce qu'ils sont trop vieux, trop laits, trop collants, je ne sais pas quoi. Mais globalement, le mammifère, il vit en groupe. Et il vit en groupe. Alors bien sûr, il y a aussi les termites, il y a les abeilles, il y a les fourmis. Mais là, dans ce groupe-là, il est caractérisé par beaucoup d'interactions. Les mammifères communiquent entre eux. Les mammifères mettent en place une hiérarchie sociale.

Et là, on commence à voir apparaître un premier élément de performance. Chez les mammifères, il y a un individu alpha. Le plus souvent, c'est un mâle, parfois une femelle, les éléphants, les cachalots, mais c'est souvent des mâles qui prennent la direction du groupe. Comment l'alpha s'est dégagé ? Il s'est fracassé la tête avec les autres mâles du groupe. Et puis il est devenu fort. Et c'est le premier. Et ce mâle alpha, il a à ce moment-là le droit de manger en premier et de féconder toutes les femelles du groupe. Alors ça, c'est normal. Finalement, le plus fort a gagné. Et le plus fort, ça veut dire quoi ? Peut-être qu'il a un capital génétique vraiment intéressant pour le groupe. C'est un peu comme ça que ça fonctionne. Mais comme dans le sud des années, les mâles se réveillent un peu, certains qui étaient jeunes deviennent plus grands, veulent contester, donc il y a toujours une remise en question du pouvoir.

Violence, voilà. La violence est un des moyens chez les mammifères de faire ce travail de hiérarchie sociale. Il y a cette organisation sociale qui commence à montrer quelque chose de performant. Les oiseaux, certains oiseaux vivent en groupe, mais il n'y a pas cette notion d'alpha. Deuxième élément important, c'est l'attachement. La femelle mammifère s'occupe étroitement du petit. Le petit qui naît, mais comme il n'y a pas que chez les mammifères, il naît immature, il naît déjà dans le ventre de la mère. Ensuite, quand il naît, il est immature, il a besoin de nombreuses années pour devenir mature, adulte et donc capable de vivre. Et là, pendant ce temps-là, c'est la mère qui s'en occupe. Et les rapports qu'il y a entre la mère et le petit sont vraiment étroits dès le début. Donc on voit apparaître ces deux choses, attachement, amour, tout comme ça. Et puis, déjà, un début de performance dans l'organisation sociale.

Et puis, l'évolution, la robustesse de la vie continue. Finalement, les mammifères, on s'aperçoit qu'avoir un plus gros cerveau, ce n'est pas trop mal. On ne change pas trop de forme. À partir de ce moment-là, ça ne varie pas trop. Il y a des petites modifications, mais c'est le cerveau. Après, apparaissent les primates. Les premiers, c'est les lémuriens. Vous savez, le truc qu'on voit en Amérique. Des primates, puis après, des primates, arrivent les singes, puis les grands singes. Les gibbons, les orang-outans, gorilles, les chimpanzes et bonobos. Et puis, apparaissent ensuite, il y a à peu près un ou deux millions d'années, les premières espèces d'homo. Et pendant toute cette trajectoire de vie, on voit l'encephalisation des individus en train d'augmenter jusqu'à le stade homo où là, il y a quasiment un accroissement, quasiment exponentiel. Une espèce de montée brutale de l'encephalisation.

Et donc des capacités du cerveau à faire son boulot. Le cerveau, c'est l'organe de relations avec le monde extérieur et le monde intérieur qui analyse, enfin qui recueille les informations, les analyse et les traite. Alors, Homo sapiens, c'est quoi ? C'est un superlatif des grands singes. Nous sommes des grands singes. Et nous sommes un superlatif. Super organisé, super violent, super communicant, super coopérant aussi, super cognitif. Et on est aussi super conscient. Et là, on commence à atteindre le petit noeud du truc. Super conscient. Alors la conscience, c'est simplement savoir ce qui se passe en général à l'extérieur de soi. Ça, c'est la conscience. Et chez les êtres humains, on se met en place comme une méta-conscience, qui est je sais que je sais. Je sais que je sais ce qui se passe à l'extérieur. Le oiseau, il sait ce qui se passe. Il est conscient. Quand il voit arriver un prédateur, il le sait.

Mais le fait de savoir que l'on sait, ça augmente un peu le niveau du... Là, soudain, on est un peu au-dessus. Là, on est en position méta dans la nature. On observe tout ça et on se dit, ah, c'est ça la réalité. Comme disaient les mythes, pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Un philosophe du XVIIIe. Voilà. Et là, à ce moment-là, ça met l'être humain en position d'observateur, de conquérant, enfin de tout ça. L'homme jardinier de la nature, enfin tous ces trucs sont sordis. Là, donc la position de l'être humain est particulièrement importante. Et là, j'arrive au plus important, cette méta-conscience engendre une caractéristique humaine. On a du mal à séparer les grands singes des êtres humains. Quand on voit les trucs, c'est du superlatif. Ce qui caractérise l'être humain, c'est deux choses. La méta-conscience amène, enfin associée à la temporalisation, l'être humain, il a une conscience énorme du passé et du futur.

Nous passons une grande partie de notre vie là-dedans à ruminer les choses du passé et une grande partie à anticiper les choses du futur. Et en général, les ruminations, c'est jamais très bon. Pourquoi ? Parce que ces deux aspects-là amènent une angoisse existentielle propre à l'homme. L'homme est angoissé de manière existentielle. C'est-à-dire l'être humain. Oui, l'homme, oui, l'être humain. L'être humain est angoissé de manière existentielle. Et cette angoisse n'existe pas chez les animaux. Il y a des angoisses de circonstance. Un chien qui est battu peut être angoissé. Un chien qui est battu à force peut devenir dépressif ou un chien enfermé. Ce sont des troubles psychiques liés à des conditions particulières. Là, c'est une angoisse sans objet. Et c'est l'angoisse de quoi ? L'être humain, il s'aperçoit qu'il peut mourir du jour au lendemain. On ne sait même pas quand. Il peut devenir pauvre.

Il peut perdre ses proches. Enfin, il peut lui arriver des tas de bricoles. Et puis lui t'arriver des tas de bricoles dans le passé, des tas de trucs horribles. Voilà, et bien ça, c'est l'angoisse existentielle. Et cette angoisse, elle doit être traitée. Parce qu'on ne peut pas vivre quand on est en permanence dans un état de précarité existentielle de se dire à tout moment, il va se passer quelque chose qui va faire que le cours de ma vie va s'orienter de manière extraordinaire. Enfin, plutôt négative, l'angoisse existentielle. On peut rejoindre là l'éco-anxiété. On est un peu là-dedans dans ce registre-là. Cette angoisse existentielle, elle peut être traitée de deux manières dans notre cerveau. Une manière qui est performante et une manière qui est robuste. La manière qui est performante, c'est de dire, je vais faire tout, prendre tous les moyens pour faire taire mon angoisse existentielle.

Comment je fais ? Je me divertis. Voilà, au 17e, Blaise Pascal, le philosophe mathématicien, écrit un petit texte appelé Divertissement dans les pensées, où il dit, la misère, l'homme se divertit. Alors, la divertissement, c'est quoi ? C'est le travail, le jeu, le sexe, l'alcool, le pouvoir, tout ce que vous voulez, toutes ces choses que nous vivons en permanence. L'homme se divertit pour oublier sa misère existentielle et ses plus grandes misères encore. C'est-à-dire que le fait de se divertir est encore une plus grande misère. Mais l'intérêt, c'est que quand on met en place le divertissement de la consommation, on oublie, on finit par, de temps en temps, arriver à débrancher notre ambiance existentielle. Et ça, la mise en place de ces comportements, elle est pilotée par un organe qui est dans le cerveau qu'on appelle le système limbique. Le système limbique, il est vieux, il date d'un petit peu avant les mammifères.

C'est un système neuronal qui est à peu près au centre du cerveau, qui est habilité pour traiter la mémoire, l'apprentissage, les émotions, la peur, puis toutes les émotions dérivées, la colère, la colère est en fait une forme dérivée de la peur. La joie, etc. Et il y a aussi le système, le circuit de la récompense, qui est un système de désir-plaisir. Le système de désir-plaisir, c'est j'ai envie de manger du Nutella, j'en bouffe et puis le plaisir est là. C'était bien, donc je retente. Là, le plaisir, il faut augmenter un peu la dose et je retente. Il y a une sorte de circuit vicieux entre désir et plaisir. Ça amène à l'esclavage. Ça va très bien, par exemple, dans les toxicomanies avec ou sans drogue. Toxicomanie avec drogue, c'est avec des substances, puis sans drogue, on retrouve le sport aussi, le jeu, le sexe, le travail, et pas mal d'autres comme ça, mais voilà. Donc ça, c'est super performant.

Notre cerveau est hyper efficace. Pourquoi ? Parce que le système limbique, il dit, tu es en très angoissé, il faut que tu trouves quelque chose. Et notre système là en haut, le néocortex, la partie très humaine de notre cerveau, qui est un super ordinateur, il est capable de te sortir des solutions à fond. Et là, il est tout à fait possible que cette angoisse existentielle, que ce système là puisse répondre de manière vraiment aisée à cette angoisse. La deuxième manière de traiter ça, c'est une manière qui privilégie l'intériorité et qui privilégie l'atterrité. C'est une manière où là, c'est lent, ça se fait souvent dans le silence, dans le recueil intérieur, dans la recherche de la paix de l'âme, ce que les Grecs appelaient l'équanimité, la recherche de la paix de l'âme, dans la respiration, dans le recul, éventuellement, des fois, dans le fait de s'habituer à ce que peut-être quelque chose de grave pourrait arriver, donc on s'y habitue et c'est important.

Ça, c'est un système beaucoup plus lent, beaucoup plus compliqué que l'on trouve dans les philosophies antiques, les philosophies grecques, le taoïsme, etc. comme ça, mais aussi dans les spiritualités. C'est un deuxième réponse, et cette réponse-là, finalement, elle est beaucoup plus robuste. Mais, ouf, le travail ! C'est beaucoup plus facile d'aller manger du Nutella que d'aller méditer ou faire un travail inexpert de pensée. Ça demande beaucoup plus d'énergie, beaucoup plus de temps, c'est compliqué, mais ce n'est pas que c'est compliqué, il faut s'y habituer, tout simplement. Voilà peut-être la raison qui explique pourquoi ce système de la performance est si important. Donc, si je vous disais ça, c'est pour vous dire qu'il ne s'agit pas aujourd'hui de dire oh là là, les gens qui sont performants, ils sont vraiment des sales types, tout ça. En fait, malheureusement, nous sommes tous liés à cette pulsion de vie qui fait que, pour apaiser notre angoisse, nous avons besoin de divertissements, d'actions immédiates qui viennent apaiser cette angoisse.

Intériorité et altérité, l'intériorité, c'est ce que... Il y a des mots comme ça, la divinité intérieure, la citadelle intérieure des penseurs stoïciens, Mark Orell, qui dit que son univers intérieur, c'est comme l'acropole. C'est-à-dire, je me retourne dans mon intérieur, c'est ce que les bouddhistes appellent la nature de l'esprit. En moi, j'ai quelque chose d'extrêmement puissant et donc j'essaie de me contacter avec cette chose puissante. Et c'est lent, c'est profond, ça demande du temps.

Et il y a l'altérité, c'est-à-dire qu'en même temps, l'angoisse existentielle dans ces traditions-là ne peuvent pas... Enfin, un des moteurs de la baissement de l'angoisse, c'est l'interaction, c'est l'altérité. Ce n'est pas jouer avec sa manette d'un bignou, c'est être en interaction avec l'autre, qui va être dans l'empathie, dans l'écoute, dans le réconfort, dans un tas de choses.

Bon, je suis presque terminé. Cette robustesse-là, elle s'applique au niveau politique. Enfin, ça pourrait. Au niveau des États, au niveau des régions, des départements, des cantons, des municipalités, on pourrait. Elle peut s'appliquer au niveau économique. Olivia Mander, dans son dernier bouquin, qui a écrit C'est justement robustesse en entreprise. Et elle peut s'appliquer à des groupes d'êtres humains qui vont se mettre ensemble pour devenir robustes, pour essayer par un autre moyen de s'adapter dans la joie, dans la créativité, dans la philosophie, dans la spiritualité, quelle que soit la spiritualité, dans ce mouvement de l'intériorité et de l'altérité, aux fluctuations qui vont arriver. Elles arrivent à vitesse grand V, on voit bien. Et qu'il ne s'agira pas de s'adapter en essayant d'essayer de revenir à l'état antérieur, mais en créant de nouveaux espaces de créativité, de nouveaux comportements, un nouveau modèle de vie, un nouveau regard sur le monde et sur les rapports avec les non-humains.

Voilà. Bon, alors maintenant, le groupe de robustesse. C'est des gens qu'on est là, comme ça, et puis on décide que on a tous envie, on voit bien ce qui se passe et on a envie de s'adapter, mais pas de s'adapter comme la plupart des gens, je dirais, même si ce n'est pas élitiste, mais voilà, on veut s'adapter parce qu'on est atteint par autre chose, par une vision intérieure de nous-mêmes et de l'autre, et des non-humains et de la vie. Et pour cela, on se dit, si on est ensemble, on peut recréer justement un système, un système qui va pouvoir enfin prendre des décisions, commettre des actions, réfléchir sur des choses, ensemble. C'est-à-dire qu'il s'agit d'apprendre à être robuste au contact avec les autres, au contact des autres. Vous voyez ? Donc, c'est ça l'objectif. Alors, on peut dire que ça peut être un groupe d'autosupport, un groupe d'entraide, un groupe de réflexion, un groupe de créativité.

Et tout ceci dans la joie, dans la créativité, dans la poésie, dans l'empathie, dans la communication, dans la communion, même, je dirais, d'esprit. Voilà. En fait, c'est peut-être que cette idée de robustesse, ça pourrait nous faire passer le concept performant de l'humanisme. Même si l'humanisme a des très belles choses. L'humanisme dit, c'est au centre, il y a l'être humain. Et là, on peut passer à un autre concept, qui est peut-être le concept de zoétisme. C'est-à-dire, c'est la vie qui est au centre. C'est-à-dire que j'ai autant de droits que la pâquerette. Et elle a autant de devoirs que moi. Enfin, bref, il y a quelque chose de cet ordre-là. Alors, les membres du groupe, d'un groupe de robustesse, ils sont d'accord sur des principes. Ils sont d'accord sur le principe du contraint naturel. Je vous rappelle que Michel Serre a créé un bouquin qui s'appelle Le contraint naturel. Ils sont d'accord, bien sûr, sur ce qui est dérivé, c'est la santé commune.

Ils sont d'accord aussi pour la notion de souveraineté heureuse. Je ne vois pas comment on peut être robuste sans cette notion de souveraineté heureuse, qui est le synonyme de l'augmentation de l'infini des interactions et l'adoption des caractéristiques de la robustesse comme techniques d'action. Lenteur, etc. Voilà. Dans un groupe de robustesse, par exemple, c'est tellement hétérogène qu'on va dire on va plutôt comme on a le temps. Sauf si on est obligé de mettre en place une action performante. Mais si on a le temps, on peut favoriser même quasiment le dissensus. Parce que le dissensus, c'est de l'incohérence, c'est de l'hétérogenité. Du bordel peut naître une petite fleur. Vous voyez, c'est un peu ça l'idée. Un groupe de robustesse, c'est pas trop de membres non plus parce que tout le monde doit être en interaction avec tout le monde. Il y a un sociologue américain de Barthes qui avait modélisé que dans une vie d'être humain, on ne peut pas être en interaction avec 250 personnes en même temps.

Vous voyez, en sachant qu'on n'est pas en interaction que dans le groupe de robustesse, c'est dans d'autres groupes. Donc il ne faut pas que le groupe soit trop important. Le principe du groupe de robustesse, c'est que tout le monde soit en interaction avec tout le monde. C'est aussi un groupe horizontal. En interaction, ça ne veut pas forcément être tout le temps en interaction, mais ça veut dire qu'à un moment donné, je le connais, j'ai fait un truc avec lui, j'ai discuté un truc avec lui, j'ai ressenti quelque chose avec lui. L'interaction, c'est tout ça. C'est pas seulement l'action. Au niveau de la hiérarchie, c'est un principe d'autogouvernance. Le groupe de robustesse, c'est comme un réseau horizontal qui est en profondeur parce qu'il faut de l'espace pour toutes les mailles et les interactions, qui est horizontal, il n'y a pas de chef. Chaque maille est un individu, et chaque maille est un récepteur et un générateur de l'énergie du groupe.

Bien entendu, dans un groupe de robustesse où tout est très horizontal, il faut peut-être créer des fois quelques équipes qui peuvent permettre de résoudre quelques problèmes qui peuvent se poser. Quand il y a un dissensus trop fort dans le groupe, une équipe de médiation peut-être tenter d'aider à ce que le dissensus s'apèse ou s'éclaircisse.

Il peut y avoir aussi une équipe qui est plutôt spécialisée dans la passation des tests de robustesse. Il y a une équipe du groupe de robustesse qui a voulu plancher par exemple aujourd'hui un truc à la mode. Quand je dis à la mode, ce n'est pas du tout pejoratif, c'est la mobilité qui va travailler ça, c'est-à-dire les actions ou une action imparfaite avec des petits bouts qui peuvent permettre de rajouter d'autres éléments en cas de modification des paramètres. Ces actions-là vont passer à l'examen d'une équipe qui est habituée à ça, et ce n'est pas compliqué, de vérifier que le contrat naturel, la santé commune, etc. C'est un groupe très hétérogène aussi sur le plan des caractéristiques des individus, sur le plan démographique, sur le plan du sexe, sur le plan des cultures. Par exemple, un groupe de robustesse par quartier n'est pas une bonne idée, parce que tous les gens, en tout cas sur Nions, les quartiers ne se caractérisent pas une seule unité socio-culturelle.

Donc finalement, ce ne serait pas très hétérogène. C'est un groupe aussi où la résistance, le dissensus et l'autonomie sont favorisées. Voilà, je pense que je vous ai à peu près tout dit. J'espère avoir été assez clair. Merci

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